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James Hetfield revient sur les débuts de Metallica

Interview par Hard Rock Magazine

 

- James Hetfield, raconte-nous ta rencontre avec Lars Ulrich.

Il avait une odeur différente, il avait l'air plutôt différent, il parlait différemment. A ce moment là, il n'y avait rien chez lui qui m'impressionnait, pas même son jeu de batterie. Nous n'avons pas beaucoup parlé, pour autant que je me souvienne. Nous avons un peu répété ensemble, et basta. Il paraissait avoir envie de nous revoir mais nous lui avons dit: "Ok, on te rappelle". Il a demandé à ce qu'on l'aide à charger sa batterie dans la voiture et nous avons répondu que nous devions filer pour éviter les embouteillages et que nous allions lui envoyer l'argent pour la salle de répétition. En fait, il avait avancé l'argent pour louer la salle puisque son père, Torben Ulrich était un tennisman professionnel connu, et n'avait pas de problèmes de fric.

Ce n'est que longtemps après que j'ai à nouveau entendu parler de Lars: il m'a téléphoné. Entre temps, j'ai passé mon BAC et j'habitais avec le bassiste, Ron McGovney, avec qui je jouais. Hugh avait disparu de la scène depuis un moment déjà: au bout de deux mois, il en avait mare de la vie de musicien. Ses parents voulaient qu'il devienne avocat ou un truc dans le genre. Je me souviens que nous venions de terminer d'aménager notre local de répétitions. Nous avons cloué des restes de tapis et des cartons sur les murs du garage de Ron. Nous y avons mis tout ce qu'on avait pu trouver. Je suis donc resté avec Ron, le batteur Jon Mulligan et un autre guitariste.

Et puis Lars a appelé: "Hey, tu te souviens de moi ?". J'ai répondu quelque chose comme: "Nous t'avons déjà payé, non ?". Lars m'a raconté qu'il avait un ami du nom de Brian Slagel qui était sur le point de réaliser une compile de Metal et qu'il avait réservé une place. J'ai alors hurlé au téléphone: "J'arrive tout de suite !" car à ce moment là les choses ne se passaient pas super bien pour moi. Je jouais de la guitare ou je chantais selon les besoins. La plupart des groupes cherchaient des chanteurs, alors je m'étais mis au chant. Lorsqu'ils avaient besoin d'un bassiste, je jouais même de la basse. Je saisissais toutes les occasions pour avancer. Le coup de fil de Lars a été l'occasion à ne pas rater, nous ne sommes donc à nouveau rencontrés; Lars avait fait d'énorme progrès en batterie et il avait un kit flambant neuf: une vraie Comco ! Je lui ai demandé: "Tu l'as eu gratos dans un paquet de lessive ?". En tout cas, elle avait un bon look, même si le son n'était pas super.

Nous avons tapé le boeuf sur plusieurs morceaux que j'avais écrit avec mon groupe: Leather Charm à savoir "Hit The Lights" et "No Remorse". Il m'a appris quelques riffs qu'il avait piqués en répétant avec d'autres mecs et m'a fait découvrir la musique qu'il adorait: la New Wave Of British Heavy Metal. Des groupes comme Diamond Head et Savage et du Metal traditionnel, genre Judas Priest et Scorpions. Je suis allé avec lui chez un disquaire et m'a conseillé d'acheter un album de Venom. Ron m'a interdit de mettre ce disque chez nous: "Ce sont des satanistes Je ne veux pas de ce truc dans mon appart !". Je lui ai répondu d'aller se faire foutre: "Ce truc, c'est du putain de Heavy !". Je me suis acheté aussi des albums d'Angel Witch et d'autres groupes, Lars, lui, collectionnait plutôt les singles et achetait pas mal à Brian Slagel.

Brian avait un stand au marché aux puces et il éditait un magazine de Hard Rock: "Heavy Metal Review". Il m'arrivait d'aller régulièrement lui rendre visite pour lui chourer quelques singles. Récemment, je l'ai rencontré sur le Lollapallooza et je lui ai dit: "Hey, t'as encore un crédit chez moi pour le single de Tigers of Pan Tang que je t'avais piqué !". Nous ne sommes fait prêter un magnéto Tascam quatre pistes et nous avons enregistrés "Hit The Lights". Je jouais de la guitare rythmique et de la basse car Ron n'était pas vraiment dans le coup, à l'époque, je chantais, tandis que Lars était à la batterie.

Nous formions vraiment un duo. Je me souviens encore du jour où nous sommes allés chez Brian Slagel pour qu'il "masterise" la cassette. Nous ne savions même pas ce que ce mot magique voulait dire, mais ça faisait parti du truc. Nous avons enregistré sur une cassette, un solo de guitare d'une personne dont j'ai oublié le nom, en allant chez Brian Slagel, nous nous sommes arrêtés chez un guitariste noir, Llyod Grant, pour lui faire aussi enregistrer un solo, afin de pouvoir ensuite utiliser le meilleur des deux. L'ampli de Llyod avait un look vraiment bizarre: il avait branché toute une série de pédales à effets, des câbles entremêlés partout, ça sonnait vraiment bien. Nous avons branché notre magnéto et il a joué le solo mieux que l'autre. Nous avons donc effacé le premier solo et nous sommes partis chez Brian avec la cassette.

Je voyais pour la première fois un tas d'appareils dont je ne savais absolument pas à quoi ils pouvaient servir et une table de mixage avec des centaines de boutons. Wouah, ma première rencontre avec un studio. Brian nous a demandé où était notre bande 16 pistes. Je revois encore sa tête quand nous lui avons remis la cassette. Il a fait: "Oh, Non !" Voilà pourquoi "Hit The Lights" n'avait pas un super son, mais tout ça a contribué à l'atmosphère particulière de ce morceau. Sur le deuxième pressage de "Metal Massacre", la compilation en question, on pouvait trouver une autre version de "Hit The Lights". Nous avons réenregistré le morceau et avons fait en sorte que notre nom soit correctement orthographié sur la pochette et non pas "Mettallica" comme sur la première série. Sur la deuxième version, Ron était à la basse et je crois, Dave Mustaine à la guitare lead. Faisait-il déjà parti du groupe ? Je ne me souviens plus de toute cette merde...

Si, en fait, il est arrivé dans le groupe en janvier 1982. Peu après cette sortie, j'ai reçu votre première démo.

C'est vrai, nous avons commencé par enregistrer quelques démos. Un type qui s'appelait Kenny Kane a ramassé du fric pour nous, si bien que nous avons pu nous mettre au travail aux East Coast Studios. Entre-temps, nous avons enregistré quelques titres: "Hit The Ligths", "Motorbreath", "The Mechanix" et "Jump In The Fire" qui se finit comme si on débranchait la prise d'une platine disque en marche. Tout ça parce que la bande était pleine et que nous ne voulions pas payer pour une bande neuve.

À l'époque, nous faisions beaucoup de reprises live. Nous avions dans notre répertoire des trucs comme "Killing Time", "Let It Loose" et quelques morceaux de Diamond Head. Kenny trouvait ça super. Lorsque nous sommes arrivés en studio avec lui et que nous avons commencé à enregistrer nos propres morceaux, il nous a dit: "Ca n'a rien à voir !" _ "Ouais Kenny, les autres morceaux ne sont pas de nous...". Il nous a traités d'enfoirés, mais nous avons réussi à le calmer et avons eu même le droit d'enregistrer une deuxième démo.

- Cette deuxième démo est devenue la célèbre cassette "No Life' Tif Leather" sur laquelle se trouvaient, quelques morceaux dont tu parlais: "Seek and Destroy", "Metal Millitia" et "Phantom Lord", le premier pas vers le succès.

Nous vendions des tas de démos chaque jour et savions que nous étions sur le bon chemin. Nous avons aussi commencé à enregistrer des morceaux plus longs: "No Remorse" et "The Four Horsemen". Kenny nous a alors demandé où étaient passés nos morceaux courts, plutôt punk, il travaillait avec beaucoup de groupes punk. Nous lui avons expliqué que nous étions en train d'évoluer musicalement. En fait, nous lui avons récemment racheté les bandes de ces enregistrements. Il a l'air tout aussi négligé aujourd'hui qu'à cette époque-là ; un hippie pour qui le temps s'est arrêté. Au même moment, je me suis disputé avec Ron, ce qui n'était pas génial puisque j'habitais chez lui...

Nous partions de temps en temps faire des concerts à San Francisco et Ron est le type qui avait un peu de fric. Il s'organisait pour que nous puissions y aller avec sa camionnette. C'est aussi à cette époque là que nous avons vu Cliff Burton avec son groupe, Trauma. Brian Slagel faisait venir des groupes de San Francisco à Los Angeles et des groupes de Los Angeles à San Francisco. Nous avons été très impressionnés par cet espèce de bassiste hippie qui headbangait et nous avons décidé que nous voulions absolument un mec comme ça dans le groupe. Ron était beaucoup trop strict et ne pouvait pas s'entendre avec Dave Mustaine. Il n'avait plus l'ambition d'améliorer son jeu à la basse. Nous devions toujours lui apprendre de nouveaux trucs.

Nous avons donc essayé d'entrer en contact avec Cliff Burton, tandis que Ron devenait totalement parano et se demandait ce que nous pouvions bien comploter derrière son dos. Nous l'avons gardé encore un peu dans le groupe parce que c'était lui qui avait la camionnette et le fric. Comment le "clash" est arrivé ? Je crois que Cliff a appelé un jour chez nous et c'est Ron qui a répondu au téléphone... Je crois qu'il savait déjà ce qui se préparait et j'ai dû quitter son appart. Je suis alors allé habiter chez Dave Mustaine.

Sur l'échelle de la qualité du logement, c'était un niveau plus bas, non ?

C'était un cauchemar, là-bas, à Huntington Beach. Heureusement, je ne suis pas resté très longtemps car nous voulions quitter la scène Glam de Los Angeles pour nous installer dans la Bay Area où le climat musical nous plaisait beaucoup. Nous nous étions déjà fait des amis là-bas. Mark Whittaker était le manager d'Exodus et Jeff Weller, qui était chargé des effets pyrotechniques sur nos spectacles, était le manager de Laaz Rockit. Nous avons emménagé à la maison de Mark à El Cerito. Mais il n'y avait pas assez de pièces, alors Lars et moi partagions une chambre. Dave Mustaine était logé assez loin de là, dans la cave de la grand-mère de Mark, à Wallnut Creek. C'était une super période. Bien sûr, nous avions parfois quelques petites disputes avec Mark, mais c'est normal quand trois types viennent dans un petit espace: "Sors la poubelle connard !"_ "Tu ne paies pas un centime de loyer alors rends-toi au moins utile !". Nous mangions tous les jours des hamburgers au coin de la rue. C'était vraiment une époque chouette grâce à l'aide de Mark.

Entre-temps, Cliff nous avait rejoints et nous voulions enregistrer une nouvelle démo. Mark a suivi une formation d'ingénieur du son quelque part dans la cave d'un pote et, à la fin du semestre, il devait enregistrer une bande. Il nous a invités et nous avons donc enregistré gratuitement une démo avec "Whiplash" et "No Remose". Elle avait un super son, c'était ce que nous avions enregistré de mieux jusque-là. Ensuite, nous sommes entrés en contact avec Jon Zalula. Il avait un magasin de Hard Rock dans le New Jerzey, le "Rock And Roll Heaven", et il organisait pas mal de bons concerts sur la côte Est avec des groupes comme Anvil, Raven, The Rods et Venom. Il a proposé de nous arranger un concert là-bas et d'être en contrepartie notre booking-argent: "Ok, envoie-nous un peu d'argent pour louer un bus !" Il nous a envoyé le fric et nous sommes partis vers l'Est.

Le début de la fin pour Dave Mustaine ?

Exactement. Nous avons su dès notre première rencontre qu'il avait quelque chose de particulier qui rendait les gens dépendants de lui.

A cause des bons riffs qu'il écrivait ?

Pas uniquement cela, il avait vraiment quelque chose d'unique, une certaine personnalité qui ressortait toujours quelque soit le comportement qu'il adoptait. Il y avait des choses qu'il était incapable d'assurer lorsque nous étions en tournées. Il est devenu ingérable et a gâché pas mal de choses pour le groupe. Par exemple, en allant vers l'Est, nous nous étions alors arrêtés pour dormir chez des personnes que nous connaissions. Tout à coup, Dave s'est disputé avec notre hôte et s'est mis à balancer des objets à travers toute la maison. "Hey Dave, nous ne sommes pas encore en tournée, mais seulement en route pour notre première tournée !" lui ai-je dit. Là-dessus, nous avons commencé à chercher discrètement un autre guitariste...

Pendant que Dave conduisait le bus en direction de la côte Est, nous avons mis la démo d'Exodus dans le magnéto pour écouter le jeu de Kirk Hammett. Dave n'avait aucune idée de ce que nous pouvions avoir en tête. La première chose que nous avons dite à Jon Zalula en arrivant à destination, c'était que nous voulions renvoyer notre guitariste soliste. Sa réaction a été: "Quoi ! Mais vous ne pouvez pas me faire ça !". Entre-temps, il avait pas mal de copies de notre démo pour les vendre dans son magasin. Nous n'en n'avons jamais vu le moindre centime. Je crois qu'il essayait de trouver de l'argent pour que nous puissions partir ensuite en tournée. Nous avons habité chez lui plus longtemps qu'il ne l'aurait souhaité, je crois. Sa famille a commencé à se révolter. Nous arrivions toujours en pleine nuit, complètement bourrés, tout en nous cognant sur le mobilier, en réveillant tout le monde, alors qu'ils devaient se lever tôt pour aller travailler. Je crois que ce qui a fait déborder le vase c'est quand nous avons vidé toutes les bouteilles de la maison. Jon avait une bouteille de champagne qu'on lui avait offerte pour son mariage et qu'il gardait pour une grande occasion ; son dixième anniversaire de mariage, un truc comme ça, mais nous l'avons ouverte et bu. C'était la fin: "Espèces d'enculés !" a hurlé Jon.

Nous nous sommes tirés, heureusement que nous avons été recueillis par un vieil ami, un certain Metal Joe à Old Bridge dans le New Jersey. Ca nous plaisait là-bas, nous avions un endroit où nous pouvions aller entre nos concerts avec The Rods, Vandenberg et Venom. Nous avons fait pas mal de fêtes dans cette maison. Au bout de quelques semaines, nous avons déménagé à Jamaica, dans le Queens, dans une usine vide où des groupes, dont Anthrax, venaient répéter. Nous vivions entre des murs de béton avec un seul confort ; l'eau courante froide. Nous récupérions des matériaux d'emballage et nous avons même enlevé la mousse isolante des enceintes pour nous tenir au chaud. Je me souviens que les types d'Anthrax nous ont donné un grille-pain. Nous utilisions ce truc pour tout ! Nous mettions des boites d'haricots jusqu'à ce qu'elles explosent. C'était notre dîner. C'était la survie permanente. Nous draguions même des filles pour aller chez elles et prendre une douche. En y repensant, c'était vraiment une chouette époque.

Remerciements: Kevz