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Rob Trujillo décrit son intégration

C'est un fait, Robert Trujillo est le bassiste de Metallica. Quelques heures avant la sortie de St.Anger, nous sommes allés questionner le bonhomme sur sa personnalité, mais également sur sa place au sein du plus gros groupe de Metal au monde !

- Vous avez fait une apparition surprise au Download Festival en Angleterre pour votre retour en Europe. Comment s'est passé ce concert ?

C'était très fun. Nous avons fait ça sur un coup de tête. Nous sommes arrivés sur le site du festival environ une demi-heure avant notre show, nous avons branché nos instruments et pris notre pied. Avant cela, nous avions également donné quatre concerts à Filmore de San Francisco et ces shows représentent bien ce qu'est Metallica aujourd'hui: le plaisir de jouer.

- Quelle a été la réaction du public lorsque vous avez joué "St.Anger" et "Frantic", deux nouveaux morceaux ?

Excellentes. Les nouveaux titres sont totalement dingues. C'est rapide, mélodique, dynamique. J'adore. Mais la plupart des personnes ne connaissaient pas encore les paroles pour les reprendre avec nous. En contrepartie, tout le monde headbangait en nous écoutant.

- Toi qui a un regard neuf, comment comparerais-tu les morceaux de "St.Anger" au reste de la carrière du groupe ?

Lorsque j'ai écouté ces titres pour la première fois, j'étais très heureux et excité. Cependant, je ne faisais pas encore partie de Metallica et tout était joué par Bob Rock. Mais j'avais très envie de les rejoindre ! Pour revenir à la question, Metallica fait et a toujours fait ce qu'il veut avec sa musique. "Load" et "Relaod", ainsi que l'album symphonique, étaient ce que le groupe avait vraiment envie de faire à l'époque. Entre eux, ils se lancent des défis sans arrêt. Pour ce nouvel album, ils ont voulu tenter de nouvelles choses. Et au fur et à mesure de l'écriture, ils sont arrivés à quelque chose de rapide, de Heavy et se sont aperçus que c'était ce qu'ils aimaient vraiment, ce qu'ils faisaient naturellement. Pour moi, rejoindre le groupe à ce moment précis est un vrai bonheur car ils jouent exactement ce que j'aime. Je n'en peux plus d'attendre d'écrire de nouveaux titres avec eux !

- Que penses-tu pouvoir apporter à la musique de Metallica ?

Je ne sais pas encore. J'aime collaborer, c'est sûr. L'un des problèmes quand je jouais avec Ozzy, c'est que je n'avais pas vraiment le loisir de participer à l'élaboration des morceaux. Avec Metallica, c'est différent. Ils ne sont pas contre la collaboration,. Nous avons tous à peu près le même âge et nous sommes tous excités, un peu comme si nous étions redevenus adolescents. En tant que bassiste, j'ai eu la chance de jouer avec Suicidal Tendencies, Infectious Grooves, Ozzy Osboure, Jerry Cantrell, Black Label Society. Ces dernières années ont été excellentes pour moi, aussi bien sur le plan de la création que sur le plan des concerts. Ce qui est excitant avec Metallica, c'est que je ne sais pas ce que nous allons faire par la suite. Mais je sais que ce sera de toute façon très bien.

- Tu sembles réellement heureux de faire partie de Metallica, comme si c'était ce que tu attendais depuis le début de ta vie de musicien.

Tout à fait. Lorsque j'ai intégré Suicidal, c'était un grand moment de ma vie. Mike Muir et moi avons également fait trois albums avec Infectious Grooves. C'était une période très créative, il n'y avait aucune règle. Lorsque j'ai quitté Mike, j'ai reçu un coup de fil me demandant de venir jouer avec Ozzy. Jouer avec lui pendant ces sept années a été un honneur pour moi, mais également un défi de tous les jours. La vie pourtant veut que tu suives ton propre chemin. Un peu comme Jason qui fait désormais ce que je faisais avant, en jouant dans différents projets mais aussi avec Ozzy. De mon côté, je réalise mon rêve en jouant avec Metallica. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

- Tu disais qu'avec Ozzy tu n'étais pas considéré comme un membre à part entière. Est-ce que ça a changé beaucoup de choses dans ta tête ?

Oui, avec Metallica, on fait beaucoup de réunions. Lorsqu’ils se réunissaient entre les prises pour le tournage du DVD, je partais dans mon coin pour bosser. Là, James demandait aux autres où j'étais, pourquoi je n'étais pas avec eux. En fait, je ne pensais tout simplement pas qu'ils pouvaient m'attendre pour prendre des décisions sur l'art-work, les décors de scène, etc. Après toutes ces années avec Sharon et Ozzy qui prenaient leurs décisions dans leur coin, je ne pensais pas qu'un groupe puisse réclamer mon avis. C'est là que je me suis rendu compte que j'étais dans un vrai groupe.

- Tu devais être assez stressé d'intégrer une formation dont les trois membres sont très liés...

C'est vrai. Tout est arrivé vraiment si vite que je ne savais pas tellement quelle était ma place. Imaginez, je rencontre les gars et deux jours après, ils me disent que je fais partie du groupe. C'est beaucoup pour un seul homme [rires]. Surtout qu'ils m'ont tout de suite annoncé qu'il fallait que j'apprenne les onze nouveaux titres en quinze jours et qu'il me faudrait être disponible pour des tas d'interviews, des sessions photos, etc. J'étais tellement concentré à donner le meilleur de moi-même que je ne voyais pas la folie qui se passait autour du groupe.

- Maintenant, tu réalises complètement ce qui t'arrive ? Tu réalises que, toi aussi, tu es Metallica ?

Mieux: je le comprends. Je grandis avec eux, non pas comme un musicien du groupe, mais plus comme un membre de l'équipe, de la famille Metallica. Je connais de mieux en mieux James, Lars et Kirk. C'est important de bien connaître les gens quand tu intègres un groupe qui joue ensemble depuis tant d'années. Je sais que la communication est vraiment très importante pour James et je fais en sorte qu'il n'en manque pas.

- Lorsque tu parles de Metallica, tu ne parles jamais de groupe mais d'équipe, de famille. Dans ton esprit, le concept de groupe est-il périmé ?

C'est ce que je ressens en tout cas. C'est drôle car lorsque je les ai rencontrés pour la première fois, j'ai vu trois personnes totalement différentes les unes des autres. Bien sûr, ils partagent la même passion pour le Metal classique tel Black Sabbath, Led Zepplin, Judas Priest. Mais Lars aime les nouveaux groupes de Rock comme The Datsuns, The White Stripes, alors que James aime Social D et Kirk est à fond dans le Reggae. C'est comme pour les choses de la vie. James adore les bécanes, les grosses voitures alors que Lars est plus attiré par l'art en général. Ils ont vraiment des personnalités différentes. Ils peuvent s'engueuler comme des frères, très soudés mais totalement différents.

- Jason a toujours été considéré comme "le petit nouveau" du groupe. Penses-tu que, parce que tu es déjà connu, tu vas être mieux accepté par les fans ?

Oui, sans doute. C'est un peu comme dans une équipe de foot. Lorsque tu perds l'un de tes meilleurs joueurs, tu ne le remplaces pas par un débutant. Tu fais comme Metallica. Tu prends quelqu'un qui a le même âge que toi, quelqu'un que les gens connaissent déjà, qui est habitué à partir en tournée, à jouer en studio. Je vais aussi leur prouver que j'ai ma place dans le groupe en me donnant à fond. Je ne serai jamais Cliff Burton ou Jason Newsted. Je ne serai que Rob Trujillo. Grâce à mon passé dans Suicidal Tendencies, Infectious Grooves ou Ozzy Osboure, je crois que les fans ne se poseront pas la question de savoir si je headbangue comme le faisait Jason ou pas. Il faut également savoir que nous sommes en présence d'un tout nouveau Metallica: un nouveau son, un nouvel album, un nouveau line-up. Ces types ont traversé beaucoup de choses ces quatre dernières années et ils veulent vraiment tourner la page. C'est un renouveau pour eux et j'ai la chance d'en faire partie. Nous pensons déjà à un nouvel album, à ce que nous allons faire dans les années à venir. C'est génial. Comme je l'ai déjà dit, nous sommes redevenus des ados qui ne se soucient pas de savoir s'ils sont trop vieux pour jouer cette musique.

Interview: Hard N' Heavy Magazine (2003)

Le groupe revient sur la sortie de Reload

- Il y a peu, tu déclarais que Metallica était un groupe Pop. C'est une blague ?

Lars: Je suis arrivé au point où je considère que ce que je dis n'a pas de grande importance. Par contre, je suis surpris de l'importance qui y accorde les fans. Je sais parfaitement qui nous sommes et ce que nous faisons et j'en suis très fier, mais je ne prends pas du tout au sérieux ceux qui débattent pour savoir si Metallica est assez Heavy ou rapide. Disons juste que je déconnais. Je ne veux pas penser comme un groupe de Heavy ; est-il possible de jouer du Hard Rock sans être obligé de raisonner comme 99% des groupes de Metal qui sont prisonniers des règles imposées. Je crois que oui. Qu'est-ce que la Pop ? Le diminutif de populaire... et putain on est populaire !

- Certains te décrivent comme une Rock star cupide qui a perdu tout contact avec les fans ?

Lars: Je ne suis pas d'accord. Une Rock star cupide ? J'ai agi et vécu comme une Rock Star pendant des années, j'adorais ça et je me suis vraiment éclaté, mais cette époque est révolue. Je préfère rester avec ma femme. C'est cool de pouvoir faire ce que l'on veut avec Metallica, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il faille agir comme un porc. Pour ce qui est de la perte de contact avec les fans... oui, d'une certaine façon mais c'est uniquement parce que suivre ce qui se passe dans le monde du Metal ne m'intéresse plus. J'ai d'autres centres d'intérêts. Je ne lis plus aussi avidement les magazines et je ne mets plus de point d'honneur à rencontrer toutes les Rock stars existantes.

- Que penses-tu aujourd'hui du "Black Album" qui vous a valu d'accéder au statut de superstars ?

James: Nous étions confiants mais Lars a eu davantage le nez creux que moi. Il a une vue globale des albums alors que moi, je m'arrête plutôt sur les chansons. "Metallica" s'est trouvé là au bon endroit, au bon moment. Crois-moi, s'il sortait aujourd'hui, il ne se vendrait certainement pas à 18 millions d'exemplaires dans le monde. Nous avons pris le meilleur tournant possible avec le "Black Album", qui est le plus dense de notre discographie, car la direction que nous suivions avec "..and Justice For All" ne pouvait mener nulle part. Bob Rock nous a aidés et guidés dans notre nouvelle voie.

- Quelle a été ta réaction quand tu as entendu Lars définir Metallica comme un groupe Pop ?

James: Je suis prêt à faire n'importe quoi pour ne pas lire ce que raconte Lars [rires] ! Metallica, un groupe Pop ? Très bien, je pense qu'à présent en interview, nous nous permettons de dire des choses que nous n'aurions jamais dites auparavant. Pourquoi ? Parce que nous nous foutons de ce que pensent les gens. Aujourd'hui, nous sommes quatre individualités. Je pense qu'être une Pop star est un fantasme de Lars qui a toujours eu en lui quelque chose d'une star. Ca lui passera, c'est une phase qu'il traverse. Quand on le harcèle à ce sujet, il dit: "Mais pourquoi ne m'avez-vous pas dit que j'avais l'air stupide avec cette veste blanche ?". C'est sa façon à lui de s'excuser. Et puis, il recommence avec quelqu'un d'autre, c'est marrant. Nous cherchons tous notre look: look de cow-boy, mécanicien, look à la Sepultura... On a tendance à ressembler à ce que l'on aime. Si Lars aime la Pop, ainsi soit-il.

- Considères-tu toujours Metallica comme un groupe agressif ?

Jason: Je pense que quelque soit notre degré de popularité et même si nous sommes devenus plus grand public, nous le resterons toujours d'une certaine façon en raison de nos racines. "The Memory Remains" est agressif car il est lourd, hypnotisant et qu'il te reste dans la tête. Pour la toute première fois de la carrière du groupe, il y a même une personne extérieure à Metallica qui participe à un titre, Marianne Faithfull, tu te rends compte, c'est dingue.

- A la sortie de "Load", tu disais que le son aurait pu être plus Heavy, es-tu plus satisfait de "Reload" ?

Jason: Je suis très satisfait de la diversité des morceaux. "Reload" est plus audacieux, ne serait-ce qu'en raison des sons déférents qu'utilise Kirk. Le solo de "Devil's Dance" a presque quelque chose de Hip Hop, ce qui est très cool. Avec "Load", il y avait beaucoup de choses à digérer et ce nouvel album est plus riche. La musique actuelle est tellement métissée que le public est plus ouvert à la folie mélangée à d'autres formes de folie. Ce qui nous permet de garder les traits les plus marquants de Metallica, comme la voix de James, et d'y ajouter des sons bizarres. "Reload" est vraiment représentatif de l'année 1997.

- "Reload" aurait-il pu être plus audacieux ?

Lars: Je ne veux pas qu'il y ait de malentendu. "Reload" est la seconde moitié de "Load", la fin du chapitre des milieux des années 90. La prochaine fois que le moment viendra de composer de nouveaux titres, je serai complètement ouvert et il pourra se passer n'importe quoi. Nous allons partir en tournée l'année prochaine, et nous avons des projets sous le coude. De toute façon, quoi que nous fassions maintenant, nous ne serons plus jamais considérés comme le groupe agressif des années 80. Il y aura toujours un groupe plus novateur, qui cherchera à être plus Metal que nous. Quoi qu'il en soit, jamais plus ne nous forcerons à jouer quelque chose que nous n'aimons pas. Désormais nous ne faisons plus que ce qui nous vient naturellement.

- Bien que "Load" soit très différent musicalement du "Black Album", il a suscité pas mal de controverses, notamment à cause de votre nouveau look ?

Kirk: Je suis tout à fait d'accord. Ces changements se sont peu à peu opérés en nous mais vu de l'extérieur, on aurait dit que nous avons changé du jour au lendemain, ce qui a rebuté beaucoup de fans. Musicalement, je ne pense pas que nous ayons changé tant que cela, même si sans doute "Load" était un peu plus mélodique. Je suis impatient de voir ce que donnera notre huitième album.

- Quelles sont vos relations au sein de Metallica ?

Kirk: Nous étions évidemment très proches à nos débuts. Metallica était un groupe dans lequel ne ressortait aucune individualité, alors qu'aujourd'hui, nos différences sont devenues une force. Nous écoutons tous des styles musicaux différents, ce qui ajoute au son en perpétuelle évolution de Metallica. Et ça le fait. Si nous avions les mêmes goûts, ça serait extrêmement chiant.

- Au bout de 15 ans de vie commune, es-tu toujours proche des autres musiciens ?

Lars: Humainement parlant, en termes d'engueulades et de prises de têtes, "Reload" est l'album le moins difficile que nous ayons jamais enregistré. On dirait que plus nos personnalités nous éloignent les uns des autres, plus Metallica est soudé. C'est notre seule connexion, notre seul point commun. Je m'entends très bien avec Kirk, sa petite amie et ma femme s'entendent tout aussi bien. Quant à James, il est dans son trip: il a une résidence secondaire à San Francisco où il se rend très souvent. Je ne le fréquente pas beaucoup en dehors de Metallica, et en ce qui concerne Jason, ne nous voyons pour ainsi dire jamais. Je pense que cela remonte le groupe et "Reload" me l'a prouvé.

- Que penses-tu de ton statut dans Metallica ?

Jason: J'en suis très satisfait.

- Pourtant, tu n'as co-écrit que trois chansons en onze ans ? Ne t'es-tu jamais senti frustré pour avoir envie de claquer la porte et de leur dire d'aller se faire voir ?

Jason: Quitter le groupe ? N'importe quoi ! Parce que je ne prends pas part aux compositions ? Je me fiche de ne pas participer à l'élaboration des chansons: l'essentiel pour moi est de les jouer sur scène. C'est James qui fait que les chansons sonnent comme du Metallica. Je disposais peut être de quelques riffs et qui auraient pu le faire et que j'ai finalement utilisés en tapant le boeuf avec les mecs de Sepultura. Mais je ne crois pas que je pourrais composer de meilleures chansons que James pour Metallica. Je suis enchanté à l'élaboration d'un morceau, et ça fait onze ans que je joue de la basse sur chaque chanson, c'est moi qui tient la basse à chaque concert, et que je me donne à chaque fois à 200%. Je ne me sens donc pas du tout lésé parce que les autres et les fans du groupe me montrent toujours du respect. Jouer en live avec Metallica, c'est toute ma vie. Je laisse donc le soin de composer à ceux qui le font le mieux.

- Jason dit qu'il est heureux dans Metallica bien que vous rejetiez systématiquement ses chansons. Si tu es étais à sa place, aurais-tu déjà claqué la porte ?

James: Vu ma personnalité, c'est fort probable. Mais c'est une bonne place que d'être membre de Metallica. Jason a une cinquantaine de projets parallèles et c'est cool. Quand sa démo est passée à la radio et qu'on l'a su, nous n'avons éprouvé aucune jalousie mais ça nous a pris la tête: Metallica est comme un point et personne dans le groupe ne doit s'amuser dans des projets solo. On s'est expliqué et il nous a dit qu'il avait besoin de jouer des morceaux qu'il avait composé pour s'éclater. A sa place, j'aurais sans doute déjà dit quelque chose ou essayé de comprendre pourquoi mes morceaux n'étaient jamais retenus.

- Il dit que c'est parce que les tiens sont meilleurs...

James: Ce n'est pas difficile à conclure, puisque ce sont eux que l'on choisit.

- Tu es le plus accessible des membres de Metallica, celui qui semble être le plus en contact avec la réalité et les fans ?

Jason: Je l'espère. James se la joue profil bas. Même si c'est lui le patron. J’essaie d'être le plus effacé. J'ai travaillé dur pendant des années et c'est la raison pour laquelle je n'ai aucun mal à garder les pieds sur terre. J’essaie de rester rationnel, ce qui n'est pas facile quand on s'occupe de toi tout le temps et que tu fais partie d'un groupe qui gagne des millions de dollars. L'énergie que me procurent les fans en tournée est quelque chose de presque égoïste. Parfois, certains soirs, quand je vais discuter avec eux, il y en a un qui me dit: "Alors, vous avez tiré à la courte paille et c'est toi qui a perdu ?". C'est tellement loin de la vérité... J'ai besoin de leur énergie pour pouvoir donner les 200 concerts suivants. En tournée, mes seuls contacts avec l'extérieur se résument à répondre aux interviews et à discuter avec les fans. J'aime bien boire un verre mais je n'aime pas la fumée et les gens qui s'agitent en tout sens. Ce n'est pas l'idée que je me fais d'une bonne soirée.

- Le 18 octobre vous avez donné votre premier concert acoustique de votre carrière, quel souvenir en gardes-tu ?

Lars: C'était très fun. Nous maintenons Metallica en vie parce que nous ne forçons pas à faire ce qu'on l'attend de nous. C'est pour nous un gage de longévité.

Interview: Anthologie du Hard Rock Spécial Metallica
Remerciements:
Kevz

Interview exclusive de Cliff Burton

Le monde du Metal a été secoué par la perte du bassiste, Cliff Burton, de Metallica quand leur tour-bus a dérapé sur du "verglas" lors de leur tournée en Scandinavie, et Cliff a été jeté au travers de la fenêtre et écrasé par le bus. Il a été un élément important dans le succès de Metallica, contribuant avec son sens virtuose de la musique, son attitude terre à terre et totalement présent sur scène. Il a aidé à sortir la basse hors de l'ombre avec ses solos de basse, incorporant des harmoniques, des passages classiques, des altérations et des effets wahwah: "Anesthesia", "The Call Of Ktulu" et "Orion" sont les meilleurs exemples de son incroyable technique. Remerciez Dieu que James, Kirk et Lars aient été assez ouverts d'esprit pour le laisser jouer ce qu'il voulait. A la différence de la plupart des metalleux, Cliff Burton a écrit ses propres lignes de basse plutôt que de suivre la guitare rythmique. Il a toujours une influence capitale sur les musiciens et les fans de Metal d'aujourd'hui. Son effroyable capacité musicale était bien connue, mais sa personnalité en a fait un personnage hors pair, unique et véritable: son comportement facile à vivre, personnage décontracté en coulisse contrastait énormément avec l'image de sauvage qu'il donnait. Si vous n'avez jamais rencontré Cliff, l'interview suivante vous donnera une compréhension de la personne qu'il était. Cliff donnait peu d'interviews, préférant laisser ça à Lars ou à James. Cette interview a été faite en 1986 dans le vieux "Metallimansion" de James et Lars précédant une nuit typiquement arrosée dans l'auberge "Ruthie's Inn" à Berkeley en Californie, et a été transcrit ultérieurement par la petite amie de Cliff, Corinne Lynn.

- Quand avez-vous commencé à jouer ?

J'ai commencé à jouer en 1976. J'ai beaucoup jammé avec des amis du coin, alors je me suis réuni avec ces mecs qui se sont appelés "EZ Street", baptisé du nom d'un angle de rue de San Matéo.

- Quel genre de musique ?

Oh, c'était toutes sortes de merdes en tout genre. En fait, c'était assez idiot. Nous avons fait beaucoup de couvertures. Mais j'étais avec eux pendant un moment, pendant quelques années. Et, au fur et à mesure, cela s'est dégradé. Alors j'ai vu Trauma, et j'ai pensé: "Bien, je pourrais aussi le faire".

- Quelles sont vos influences ?

Mes influences seraient… d'abord, à la basse ça serait Geddy Lee, Geezer Butler, Stanley Clarke.

- Des dieux, et quand est-il de Steve Harris ?

Je ne l'ai jamais vraiment entendu avant...

- Avant que vous n'ayez développé votre propre style ?

Ouais, Lemmy de Motorhead a aussi eu une influence dans la manière dont il utilise les altérations. C'était différent, nouveau et excitant. D'autres guitaristes ont eu de l'influence. Les gens comme Thin Lizzy par exemple.

- Phil aussi ?

Jimi Hendrix, Ulrich Roth, Schenker à un certain degré, Tony Iommi et bien d'autres.

- Que diriez-vous de vos cinq albums préférés ?

Cinq albums préférés. Disons juste cinq groupes bien cool. Tous ceux de Glenn Danzig, des Misfits ou Samhain, toute son oeuvre. Tous les trucs de Thin Lizzy.

- English Dogs ? Credence ?

Non, les vieux trucs de Black Sabbath. A part ça, il y a un groupe appelé REM que j'aime beaucoup, assez bizarre. Il y a aussi les vieux trucs d'Aerosmith, les nouveaux trucs d'Aerosmith. J'aime beaucoup ce groupe.

- Comment êtes-vous entré en contact avec Metallica ?

Trauma jouait quelques concerts à Los Angeles. James et Lars nous ont vu et ont décidé que je ferai parti de leur groupe. Et donc, ils ont essayé de me voir et de m'appeler et je suis venu à leurs shows à Frisco. Finalement, Trauma a commencé à m'ennuyer à cause de différentes choses, j'ai dit: "Plus tard".

- Musicalement parlant ? Vous vouliez devenir plus Heavy ?

Musicalement ? Oui, c'était musical. Ils commençaient à devenir commerciaux de différentes manières, dans leurs attitudes musicales différentes qui me gênaient. Je voulais devenir plus Heavy oui.

- Donc, vous avez dit à Metallica qu'ils devaient venir à San Francisco s'ils voulaient vraiment que vous fassiez parti de leur groupe ?

Ouais. Je leur ai dit de venir ici parce que je n'irai pas à Los Angeles ; parce que j'aime San Francisco. Alors, ils ont dit: "De toute manière c'est ce qu'on prévoyait de faire". Donc, ils sont montés et nous nous sommes réunis dans cette pièce où nous sommes maintenant, on a créé le concept et on s'est fait chier dessus pendant 2-3 jours. C'était évident que c'était une bonne chose à faire immédiatement, donc, nous l'avons faite.

- Que pouvez-vous dire des premiers jours ? Vous avez, évidemment, beaucoup progressé depuis.

C'était marrant à l'époque ; ça l'est toujours maintenant.

- Vous avez semblé avoir un peu plus l'attitude "Fuck It All" avant ?

Hum, je pense que vous pouvez affirmer sans risque que nous avons mûri musicalement, de n'importe quel côté aussi d'ailleurs, pendant ses trois années passées. Et, il y a beaucoup plus en jeu maintenant.

- La prise en main d'un manager est bien pour vous, non ?

Ouais, tout ceux avec qui nous avons signés s’occupent bien de nous. Tout va bien.

- Où pensez-vous que vous serez dans quelques années ? Vous êtes évidemment sur la bonne voie, mais pensez vous que vous allez être comme les Maiden et les Priest ? Cela semble se confirmer.

Euh... je ne sais pas. Je n'essaye pas, de spéculer sur ce genre de choses, vous savez ; de cette façon, je ne peux pas avoir tort si cela ne se passe pas comme ça. Nous essayons juste de faire de notre mieux et nous le ferons autant que nous pouvons et voir où ça nous mène.

- Quel a été votre show le plus mémorable ? Vous vous amusez bien ensemble je suis sûr. Il semble que vous vous amusez toujours.

La plupart d'entre eux, ouais. Parfois, vous savez, cela vous arrive mais en somme la plupart des shows ont été réellement bons. Il est dur de dire que vous êtes bons. Vous ne savez pas vraiment ce qui se passe ; vous jouez et vous voyez ce qui s'est passé après.

- Et en ce qui concerne les bouteilles de Donington ? Parlez-nous un peu de ce festival.

Donington était le jour des cibles pour des projectiles. Toute cette merde s'est accumulée sur la scène tout au long de la journée et les fans les envoyaient.

- Et ce n'était pas parce qu'ils ne vous aimaient pas ?

Non, ils le font juste parce qu'ils aiment le faire. Je pense qu'ils nous ont quand même bien aimés.

- Ouais, j'ai eu de bons échos. En ce qui concerne le nouvel album "Master Of Puppets" ? Parlez-en nous un peu. Quelle est votre musique préférée ?

Ma préférée est "Master". "Master" est, je pense, la meilleure de Metallica. La mélodie est la meilleure.

- Les sons sont de plus en plus techniques, n'est-ce pas ?

Ouais, ça le devient plus. On progresse.

- En ce qui concerne les plus Trash ? Les plus lourdes, les plus rapides, "Battery" et "Damage" ?

Elles sont... plus rapides. Vous savez, le truc typique de Metallica, c'est la rapidité.

- Comment l'album est-il en studio, aussi lisse que prévu ?

Il a pris trop de temps. Nous n'avons pas géré correctement notre temps, mais les chansons étaient toutes bonnes et nous sommes sortis avec quelque chose de très bon. Comme je le disais, nous n’avons pas bien géré notre temps, mais somme toute, je pense que cela a été un succès.

- C'est une bonne suite pour "Ride The Lightning", alors ?

Oui, clairement.

- En ce qui concerne votre équipement, qu'utilisez-vous pour votre ampli ?

J'utilise des amplis Mesa Boogie. Pour eux, j'utilise des jack 4x12 et 115. Ce sont des 115 bourrés à l'intérieur d'une boîte 412. Ainsi, vous savez, vous uniformisez le backline. Je joue avec les basses Aria. Ma préférée est l'Aria Black & Or.

- Qu'est-ce qui est arrivé à Ricky Rickenbacker ?

Ricky avait besoin de travail. Pendant quelque temps, j'avais une Alembic, j'étais bien heureux avant qu'on me la vole ! Si quelqu'un là-bas trouve par hasard une basse noire un peu abîmée avec un éclat assez grand près du chevalet, cela pourrait être la mienne, envoyez-la moi.

- Sur le nouvel album, j'ai entendu un court solo de basse où vous utilisez une pédale de volume, non ?

Sur cet album, l'intro de la musique appelée "Orion" est une intro de basse. Il y a environ 8 à 12 pistes différentes de basse, beaucoup d'harmonique, de nuances, d'effets et d'autres trucs. J'hésite à l'appeler solo de basse, c'est juste une intro, mais il n'y a que de la basse. Il y a aussi un petit solo de basse dans "Orion" à côté d'un solo de guitare. Personne ne pourra dire si c'est de la basse, mais s'en est.

- J'ai remarqué que dans certaines de vos anciennes chansons, vous avez rajouté quelques petits trucs que vous ne faisiez pas avant.

Ouais, et bien il arrive un temps où vous connaissez vos musiques comme les doigts de votre main et vous pouvez donc lui donner un petit coup de jeune et d'en faire un truc différent. C'est cool, c'est amusant.

- Quelles sont vos chansons favorites du premier album ? Probablement "Anesthesia" ?

Hum... je ne la considère pas vraiment comme une chanson.

- Mais c'est votre show ?

Ouais, mais une chanson est une chanson, vous savez, et c'est juste un solo.

- C'est vrai. Bon, quelles sont celles que vous aimez jouer en live ?

J'aime jouer "Seek" en live. Elle est facile, vous savez, je n'ai pas besoin de faire attention à ce que je joue. Je m'amuse bien avec "The Four Horsemen" aussi.

- J'ai remarqué que Dave Mustaine de Megadeth ne l'a pas joué au nouvel an. Dave est parti du set au moment de "The Mechanix".

Je n'ai pas eu la chance de voir Dave ce soir là.

- Parlez-nous des Spatic Children.

Les Spatic Children. C'est une excuse pour défoncer des trucs et boire. Vous savez, les Spatic Children forment un putain de groupe de cons.

- Qu'avez vous modifié sur votre basse ? Donnez-nous quelques détails.

Vous voulez des détails sur ça ?

- A moins qu'il y ait certaines choses que vous ne vouliez rendre publique.

C'est probablement le mieux, non ? Sinon, après, tout le monde va me le demander. Chaque fois que je vais être interviewé, on va me demander: "Qu'avez vous fait ?". Oubliez.

- Qu'avez-vous à dire aux jeunes qui veulent devenir musiciens ? Dans votre passé, comment avez-vous fait pour résister ? Quel est votre conseil ?

Quand j'ai commencé à jouer, j'ai décidé que j'y consacrerai ma vie.

- C'est probablement la seule voie qui vous était destinée, non ?

Cela a marché pour moi. J'imagine qu'il y a beaucoup de personnes qui y consacrent leur vie et qui ne rencontrent pas le succès voulu. Le principal est de s'y impliquer totalement, quitte à épouser complètement ce que vous faites et de ne pas être entraîné par toutes les autres embrouilles que la vie apporte.

Interview: Trash Metal par Harald O.
Remerciements:
Chimiks


Interview exclusive de Ron McGovney
 

- Est-ce à la Downey Elementary que tu as rencontré James Hetfield pour la première fois ?

J'ai rencontré James pour la première fois à la East Middle School (premier cycle du secondaire), je crois qu'il était dans la classe de musique. C'était le seul gars dans la classe qui savait jouer de la guitare.

Comment êtes-vous devenus amis ? Etait-ce grâce à l'intérêt commun que vous portiez à la musique ?

Lorsque nous sommes arrivés au collège, en septembre 1977, tout le monde avait son petit groupe. Il y avait les pom-pom girls, les sportifs, les membres de l'orchestre... et tu te retrouvais avec les retardataires qui traînaient sans réel groupe social, et ça concernait James et moi. Nous nous étions en fait mis aux mêmes casiers, et nous venions juste de commencer à traîner ensemble. A ce moment, je n'écoutais pas vraiment du Heavy Metal ou du Hard Rock, j'étais un fana d'Elvis. J'ai été foudroyé lorsqu'il est mort.

J'écoutais les groupes comme les Doobie Brothers, ZZ Top, et les Eagles. Et le groupe favori de James, à l'époque, était Aerosmith ; c'était un fana total de Steven Tyler. Et notre pote Dave Marrs était un dingue de Kiss. Dave Marrs, Jim Keshil, James et moi avions commencé à traîner ensemble et ils se moquaient de la musique que j'écoutais, en retour, je leur disais que Kiss et Aerosmith puaient et ainsi de suite ; nous le faisions tout le temps en cours.

A ce moment là, tu n'as pas en tête de devenir bassiste ?

Non, je ne connaissais absolument rien de la basse ou de ce genre d'instrument. Je cherchais juste à apprendre à jouer "Dust In The Wind" et "Stairway To Heaven" ; c'était ça mon but à l'époque.

En quelle année James a-t-il eu l'idée de former son propre groupe ?

C'était probablement au dixième niveau, nous étions des étudiants de seconde année. Il avait rejoint ce groupe appelé Obsession, qui était composé de James à la guitare ainsi qu'au chant, de Jim Arnold à la guitare et au chant, de Ron Valoz à la basse et au chant, et de son frère Rich Valoz à la batterie.

Ils ne reprenaient que des chansons de Rock et de Metal: "Never Say Die" (Black Sabbath), "Rock'N'Roll, "Communication Breakdown" (Led Zeppelin), "Rock Bottom, "Lights Out" (UFO) et "Highway Star" (Deep Purple) qui était l'une de leurs favorites. "Doctor, Doctor" et je pense d'autres morceaux de UFO. Ron Valoz chantait sur "Purple Haze", ils tournaient au chant. Je me rappelle lorsque "Heaven & Hell" est sorti, ils avaient commencé à la jouer tout aussi bien que Scorpions. Ils jouaient les parties d'arrière plan, c'était vers '79 ou '80, nous devions avoir 16 ans.

N'étais-tu pas un roadie pour Obsession ?

Oui. Nous allions à leurs répétitions les vendredi et samedi soirs à la maison des Valoz sur Eastbrook à Downey. Les Valoz étaient des petits génies à tout ce qui touche à l'électrique, ils avaient connecté des lumières partout et ils avaient construit ce loft dans leur garage, Dave Marrs et moi, nous nous asseyions là et utilisions le panneau de contrôle pour gérer les lumières, les stroboscopes et le matériel... on aurait dit un grand concert dans ce petit garage.

Combien de temps Obsession a tenu ?

Environ un an et demi... ils se sont séparés des frères Valoz, et alors James, Jim Arnold et son frère Chris Arnold ont formé un groupe appelé Syrinx, ils ne jouaient que des reprises de Rush, mais ça n'a pas duré très longtemps.

C'est environ à ce moment là que la mère de James décède...

La mère de James est morte lorsque nous étions au onzième niveau, en 1980, et James a du déménagé dans la maison de son frère à Brea, qui était à environ 20 minutes de chez nous. Il revenait tout de même les week-ends pour répéter.

A-t-il déjà dit que sa mère était réellement malade ?

Non. Nous ne le savions pas. Il est parti pendant environ dix jours et nous nous sommes dit qu'il était parti en vacances. Quand il nous a dit que sa mère venait de mourir, nous avons été abasourdis. Et alors qu'il était en train de nettoyer son casier il nous a dit qu'il devait déménager chez son frère à Brea.

Donc, vous vous retrouviez les week-ends...

A ce moment-là, James n'avait pas de groupe, il avait quitté Syrinx, il venait chez moi et nous jammions ensemble avec notre pote Dave Marrs qui essayait de jouer de la batterie, ça sonnait vraiment très mal.

Alors qu'il était en terminale au lycée de Brea, James n'a-t-il pas formé le groupe "Phantom Lord"?

Voyons voir... il s'était lié avec ce gars nommé Hugh Tanner au lycée Olinda de Brea et ils ont formé Phantom Lord, mais ce n'était pas réellement un groupe, ils se réunissaient et jammaient mais ils n'ont jamais fait de concerts. Ils n'avaient pas de bassiste, et James a suggéré que je joue de la basse, et je lui ai dit: "Je ne sais pas jouer de la basse, je n'ai même pas de basse". James m'a répondu: "Je te montrerais comment jouer". Alors nous avons loué une basse et un ampli au Downey music center et James m'a montré les bases pour suivre son jeu à la guitare.
Alors nous avons commencé à jammer dans ma chambre. A ce moment précis, les maisons de mes parents devaient être enlevées par l'Etat afin de pouvoir construire une nouvelle autoroute (la 105). Mes parents avaient trois maisons de location et l'une d'entre elles était vide et ils m'ont dit que je pouvais m'y installer puisqu'elle devait bientôt être détruite. Après que nous ayons obtenu notre BAC, James et moi sommes allés à la maison et nous avons transformé le garage en studio de répétition. Nous l'avons insonorisé et nous avons monté des murs secs et James a peint les chevrons en noir, le plafond en argenté, les murs en blanc et le tapis en rouge.

Nous sommes aux environs du mois de juin 1981, est-ce à ce moment là qu'a été formé "Leather Charm" ?

Ouais. Nous jammions avec Hugh Tanner depuis un moment déjà, il était en fait plutôt bon guitariste, mais il a décidé de se lancer dans le management dans le monde de la musique, alors il ne restait plus que James et moi. Alors nous nous sommes liés avec un batteur appelé Jim Mulligan, avec qui James allait en cours. Nous avons mis une annonce pour trouver un guitariste et un gars nommé Troy James a répondu à l'annonce et a rejoint notre groupe, qui s'appelait Leather Charm.

Nous jouions des choses dans le style Glam-Rock (mouvement musical des années 70), comme Motley Crüe, Sweet, et le groupe britannique Girl (où figuraient Phil Lewis et Phis Collin), de qui nous jouions le morceau nommé "Hollywood Tease". Nous faisions pas mal de reprises aussi comme "Pictured Life" de Scorpions, "Wrathchild" et "Remember Tomorrow" d'Iron Maiden et "Slick Black Cadillac" de Quiet Riot (l'époque de Randy Rhoads).

Alors nous arrivons au début de l'année 1982, quatre membres composent Metallica, avec vous à la basse, vous répétez dans votre garage, décrivez-nous une journée type ?

Nous nous retrouvions tous ensemble après le boulot. James ne travaillait pas à ce moment. Quant à Lars, il travaillait dans l'équipe de nuit d'une station essence ouverte 24h/24, Dave, lui, était... travailleur indépendant. A ce moment, il n'y avait que Dave à la guitare, James chantait seulement. On arrive au moment où James a dit qu'il ne pensait pas être assez bon pour chanter et qu'il voulait seulement jouer de la guitare rythmique. Nous avons alors trouvé ce chanteur, Sammy Dijon, qui était dans Ruthless, un groupe local. Il a répété avec nous pendant environ trois semaines mais nous n'avons jamais joué un concert avec lui. Ils ont dit à Sammy que ça ne marchait pas et James est revenu au chant.

Nous sommes aux alentours du mois de mars 1982, comment Metallica a dégotté la place d'ouverture pour le tristement célèbre concert de Saxon au Whisky ?

Sur un quatre pistes Teac, nous avons enregistré une démo de trois morceaux: "Hit The Lights", "Killing Time", et "Let It Loose". Nous avons entendu dire que Saxon allait faire un concert au Whisky à Hollywood. Donc, je suis allé au club avec notre démo, et alors que je marchais, je suis tombé sur Tommy Lee et Vince Neil de Mötley Crüe pour qui je prenais des photos à ce moment. Ils m'ont dit: "Hey Ron, quoi de neuf ?". Je leur ai dit que Saxon allait jouer un concert au Whisky et que je voulais essayer de faire jouer mon groupe en première partie. Ils m'ont dit: "Oui, nous allions ouvrir pour eux mais nous sommes devenus trop important pour jouer en première partie. Viens, entre et je te présenterai à la poulette qui fait les réservations". Donc, j'ai déposé la cassette et elle m'a rappelé le lendemain, je me rappelle qu'elle m'a dit: "Les gars, vous êtes assez bon... vous me rappelez ce groupe local nommé Black'n'Blue". En tout cas, elle m'a dit: "Saxon est programmé pour jouer deux soirs; nous aurons Ratt pour ouvrir le premier soir et votre groupe peut faire la première partie la nuit suivante". Donc, nous devons en fait remercier Mötley Crüe pour nous avoir offert ce concert, qui a été une chance pour nous. C'était le troisième show de Metallica. Nous avons en fait ouvert deux fois cette nuit pour Saxon.

Après ce show, vous avez enregistré une nouvelle démo quatre pistes en avril 1982, connu plus tard sous le nom de "Power Metal" ?

Nous avons enregistré cette démo dans mon garage sur un quatre pistes. Les quatre morceaux étaient "Hit The Lights", "The Mechanix", "Jump In The Fire" et "Motorbreath" ; qui étaient toutes des originales. Ces morceaux ont été ensuite enregistrés sur la démo appelée "No Life Till Leather". James chantait différemment dessus, comme sur "Jump In The Fire", il prolongeait la note sur les refrains. Il essayait de chanter comme le chanteur Sean Harris de Diamond Head, mais il s'est rendu compte plus tard qu'il ne sonnait pas comme Sean Harris, il a donc décidé de chanter d'un ton plus bourru. La manière dont cette démo a été nommée "Power Metal Demo" est plutôt marrante.

Voici l'anecdote, je suis allé faire des cartes de Metallica pour les envoyer à des promoteurs de clubs accompagnés de notre démo. La carte était supposée seulement porter le logo de Metallica ainsi qu'un numéro de téléphone ; mais je pensais que ça paressait trop ordinaire et j'ai décidé qu'on devait mettre quelque chose sous le logo. Je ne voulais pas mettre "Hard Rock" ou "Heavy Metal", j'ai donc inventé le terme "Power Metal", je pensais que ça sonnait bien. Aucun groupe n'avait utilisé ce terme avant il me semble. Je me rappelle avoir ramené les cartes au groupe et Lars s'est énervé contre moi. Il m'a dit: "Qu'est-ce que tu as foutu ? Qu'est-ce que c'est "Power Metal" ? Je n'arrive pas à croire que tu as fait une chose si stupide. Nous ne pouvons pas utiliser ces cartes avec les mots "Power Metal" écrit dessus !".

Peu de temps après, Metallica a recruté un nouveau guitariste et a fait un concert...

Oui, nous avons embauché ce gars nommé Brad Parker, alias Damian C.Phillips, il s'agissait de son nom de scène. Nous avons fait un concert à la Concert Factory à Costa Mesa, et alors que James, Lars et moi même s'habillions pour monter sur scène, nous avons entendu ce solo de guitare, alors nous avons regardé par dessus "la rampe" des loges et nous avons vu Brad sur la scène en train "de faire flamber sa guitare". C'était le premier et dernier concert de Metallica avec Damian C.Phillips. Ensuite, je pense qu'il a incorporé Odin.

Est-ce là que James a décidé de chanter et de jouer de la guitare tout le temps ?

Oui. Il a décidé de faire ce qu'il savait faire le mieux, jouer de la guitare tout en chantant. Et ce n'est pas facile de jouer le type de riffs qu'il joue et chanter en même temps, c'est vraiment difficile.

Donc, ça nous amène à l'été 1982. Peux-tu nous raconter l'histoire de la désormais célèbre démo "No Life Till Leather" ?

Lars s'est lié d'amitié avec ce gars nommé Kenny Kane qui était un vrai serpent dans l'herbe. Il possédait ce label "Punk" appelé "High Velocity" et qui était une division de Rocshire Records, une compagnie d'enregistrement d'Orange County. Il a dit qu'il financerait pour nous un EP. Donc, nous avons été en studio et avons enregistré les morceaux suivants: "Hit The Lights", "Mechanix", "Phantom Lord", "Jump In The Fire", "Motorbreath", "Seek & Destroy" et enfin "Metal Militia", qui ont été enregistrés dans un studio huit pistes de Tustin appelé Chateau East. Après avoir écouté les bandes, Kenny a réalisé que nous n'étions pas un groupe de punk et il a fini par ne plus être intéressé. Nous avons donc repris les bandes qui sont finalement devenues la démo "No Life Till Leather".

Qui a été en charge de faire distribuer cette démo ?

Lars et son pote Pat Scott. Ils enregistraient des cassettes et les envoyaient. Ils avaient des contacts un peu partout dans le monde.

Qui a eu l'idée de prendre une page entière d'annonce dans le magazine Bam ? C'était un grand investissement à cette époque pour le groupe ?

Ca nous a coûté 600 dollars, ce qui était une grosse somme en 1982. C'était probablement une idée de Lars et James. Ils ont fait une ébauche de l'annonce et me l'ont montré et m'ont dit que ça coûterait 600 dollars. J'ai dit: "Ok, Lars, James, où est votre argent ?" et ils ont répondu: "Nous n'avons pas d’argent." J'étais le seul qui en avait, donc j'ai rédigé un chèque de 600 dollars à Bam et je n'ai d'ailleurs jamais revu mon argent.

Alors pendant cette période, vous n'avez jamais entendu de critiques des autres membres du groupe qui montraient qu'en tant que bassiste, vous vous trouviez à un cran en-dessous ?

Je ne pense pas qu'à cette époque que ça avait quelque chose à faire avec mon sens de la musique, parce que je jouais basiquement ce qu'ils me demandaient de jouer. James me montrait ce qu'il fallait jouer et je le jouais. J'ai compris la camaraderie entre James et Lars pour ce qui est de la composition et je ne voulais pas infiltrer cela. A mon avis, la raison pour laquelle ils ont gardé des morceaux de Dave Mustaine, est qu'ils pensaient qu'il était bon guitariste et ils ont fait cela pour qu'il reste content. Comme le morceau "The Mechanix", certaines paroles y étaient ridicules, ils ont fini par changer les paroles plus tard lorsque Dave a été viré du groupe et l'ont renommé "The Four Horsemen".

Quelle est l'histoire de Dave Mustaine et ses chiens ?

Je pense que ça s'est passé durant l'été 82. Dave était venu chez moi un dimanche après-midi, et il avait amené ses deux pit bull. Je pense que j'étais sous la douche à ce moment-là, en tout cas, Dave a laissé les chiens en liberté, ils sautaient partout sur ma voiture la rayant, j'avais une "Pontiac LeMans '72" refaite. Et James est sorti et a dit: "Hey Dave, vire ces putains de chiens de la voiture de Ron !". Et Dave a répondu: "Qu'est-ce que tu viens de dire ? Tu ne parles pas comme ça de mes chiens !".

Alors ils ont commencé à se battre et ont continué dans la maison, et lorsque je suis sorti de la douche, j'ai vu Dave frapper James droit dans la bouche, il a volé à travers la pièce, alors j'ai sauté sur le dos de Dave et il m'a retourné sur la table à café. Ensuite, James s'est relevé et a crié à Dave: "Tu es viré de ce putain de groupe. Casse-toi d'ici !". Alors Dave a ramassé tout son bordel et a foutu le camp. Le lendemain, il est revenu en pleurant en suppliant: "S’il vous plait laissez-moi revenir dans le groupe".

Comment Metallica et Cliff Burton sont entrés en contact, l'avez-vous vu lorsque lui et son groupe Trauma étaient dans la ville ?

Je pense que nous nous étions juste pointés à un concert de Trauma au Whisky A Go Go pour une raison ou une autre. Nous étions assis et regardions le groupe et soudain le bassiste s'est lancé dans un solo alors que les guitaristes jouaient le rythme et il secouait sa tête dans tous les sens. James et Lars étaient en train de le saluer. Nous n'avons pas parlé à Cliff ce soir-là, mais il se peut qu'ils l'aient abordé le soir suivant au Troubadour. En fait, je ne sais pas comment ils se sont rapprochés.

Comment s'est fait votre premier concert à San Francisco ?

Je pense que c'était une soirée "Metal Massacre" avec Bitch, Circuth Ungol et Laaz Rocket. Et Circuth Ungol avait annulé, donc Brian Slagel nous a appelés à la dernière minute pour les remplacer. C’était au Old Stone. J'avais loué une remorque et nous y avons chargé notre batterie et tout notre matos. Nous l'avons tirée avec le "Ford Ranger'69" de mon père, nous étions tous montés dans ce camion. Je n'avais encore jamais été à San Francisco, je me rappelle conduire autour de Chinatown avec cette remorque et je commençais à en avoir marre de chercher ce club. Tous les autres membres du groupe étaient derrière moi en train de boire et de s'éclater.

Mais le show s'est très bien déroulé ?

Oui, nous ne savions pas que notre démo "No Life Till Leather" était arrivée jusque là, ils connaissaient tout de nos morceaux. On nous demandait des autographes, on était en plein trip, nous n'arrivions pas à y croire. Quand nous avons joué à LA avec des groupes comme Ratt, le public restait là, les bras croisés.

Comment s'est passé le second concert à San Francisco en octobre 82 ?

C'était à l'Old Waldorf, un lundi soir. Le public est devenu fou à ce concert. En fait, je pense que Cliff Burton est venu ce soir là.

Donc, tu ne savais rien concernant les négociations entre les autres membres et Cliff Burton ?

Les choses ont commencé à notre retour à la maison... mes affaires avaient disparu. La pire chose a été lorsque nous avons joué avec le groupe de mon pote Jim Kaos, et Roxx Regime (qui est devenu plus tard Stryper). Apparemment une des poulettes de Dave m'a volé ma basse "Ibanez" de rechange. Ma veste en cuir n'était plus là. La situation me rendait vraiment dingue. Et je ne savais pas pourquoi cela arrivait, j'avais fait ce que je pouvais et ce qu'ils m'avaient dit de faire. Lars et moi, nous nous prenions souvent la tête, je n'aimais pas quand les gens se pointaient en retard et c'était justement ce que Lars faisait. Je devais conduire tout le chemin jusqu'à Newport Beach pour le prendre, alors je lui disais: "Si tu ne peux pas le faire, ce n'est pas mon problème ok".

A chaque fois que nous donnions un concert à San Francisco, je devais emprunter le camion de mon père, payer l'essence, je devais louer la remorque, je payais les chambres d'hôtel... et c'est cher à San Francisco même pour une chambre bon marché. Je payais tout et ils ne comprenaient pas pourquoi j'étais fou, ils disaient: "Tu encaisseras le chèque après le concert", et nous n'étions payés que 100 dollars par concert au plus, ce qui couvrait même pas les frais d'hôtel. En plus nous buvions pour 200 dollars d'alcool. Je leur disais tout le temps: "Si je fais partie de ce groupe, pourquoi est-ce à moi de tout payer alors que vous, vous vous la coulez douce ?". J'avais suggéré que nous prenions un manager ou quelqu'un qui pourrait nous financer parce que ça commençait vraiment à me fatiguer. Alors ils rigolaient et disaient: "Tu déconnes !". Ils ne comprenaient pas, et ils considéraient que c'était moi qui avais une mauvaise attitude.

- Tu en avais assez de leur cinéma et tu ne savais probablement pas qu'ils voulaient avoir du succès ?

Exact. Je savais comment ils étaient... Dave, à ce moment, était un trou du cul, et Lars ne s'occupait que de lui. Mais ce qui m'a réellement blessé, c'est James, parce que c'était mon pote et il se rangeait de leur côté et j'étais soudainement devenu l'exclu du groupe.

A la fin novembre '82, lorsque vous êtes allés à San Francisco pour la troisième fois, étais-tu au courant qu'ils prévoyaient de te remplacer par Cliff ?

Après les avoir entendus parler de Cliff, je m'en doutais. Je me rappelle qu'après ce concert, il pleuvait et j'ai vu Cliff, tout de jean vêtu, attendant dehors sous la pluie. Et je lui ai dit: "Hey mec, tu veux que je te dépose quelque part", je le plaignais ce gars. Le lendemain, nous avons joué au Mabuhay Gardens, c'était un coin paumé. C'est le dernier concert que j'ai fait avec Metallica.

En rentrant à L.A, te disais-tu que tu allais être remplacé ?

Tout d'abord, laissez-moi éclaircir un petit point. Je vous parle d'il y a très longtemps, c'était il y a si longtemps que ça n'a même plus aucune importance aujourd'hui. Je vous raconte simplement ce que je ressentais à ce moment là. Je veux qu'on sache que ça ne m'ennuie plus maintenant, c'était il y a 14 ans, ce sont juste des souvenirs. Je m'entends bien avec tous les gars aujourd'hui.

Donc, c'est ce qui est arrivé... Sur le chemin du retour nous nous sommes arrêtés à un magasin de vins et spiritueux, je conduisais, et ils avaient un gallon plein de whisky. James, Lars et Dave étaient complètement défoncés. Ils frappaient constamment à la fenêtre pour que je m'arrête pour qu'ils puissent pisser un coup, et tout d'un coup j'ai jeté un coup d'oeil et j'ai vu Lars couché au milieu de la route (Lars avait vraiment bien bu ce soir-là). C'était incroyable ! Et j'ai dit: "Putain de merde !". Ensuite un de mes potes m'a dit qu'ils avaient vu Dave Mustaine verser une bière sur les micros de ma basse "Washburn" en disant: "Je hais ce putain de Ron". Le lendemain, ma basse ne marchait plus. Ma copine de l'époque m'a aussi dit qu'elle avait entendu dire qu'ils voulaient prendre Cliff dans le groupe.

Penses-tu que leur intention était de te harceler jusqu'à ce que tu quittes le groupe ?

Je ne sais pas. Si tu écoutes leur version, ils prétendent m'avoir viré, pourtant je ne les jamais entendu me dire: "Tu ne fais plus parti du groupe". Ce qui est arrivé est que, après que Dave ait foutu en l'air ma basse, j'ai tenu tête au groupe lorsqu'ils sont venus pour répéter et j'ai dis: "Cassez-vous de chez moi !". Je me suis tourné vers James: "Je suis désolé, James, mais toi aussi". Et ils étaient partis deux jours après. Ils ont pris leurs affaires et ont déménagé à San Francisco.

Tout ça est arrivé aux environs de la première semaine du mois de décembre '82.

Ouais. C'était juste après notre retour de San Francisco. J'étais tellement dégoûté de tout ce qui s'était passé que j'ai vendu tout mon matos: mes amplis, mes étuis, j'ai même vendu ma "Les Paul" qui maintenant vaudrait environ 1200 dollars. Tout ça m'avait énervé. Ensuite en 1986, mon pote Katon DePenna, qui était chanteur, m'a dit que je devais revenir à la musique.

J'avais de l'argent à la banque à ce moment, alors je suis allé acheter une basse "Fender P" et un ampli Marshall pour basse. Nous avons commencé à jammer et nous avons formé le groupe "Phantasm". Ce qu'on faisait ressemblait à du punk progressif, c'est dur à décrire: les paroles étaient punks mais la musique avait des tonnes de changements différents. Nos deux premiers concerts avec Phantasm ont eu lieu les deux mêmes soirs que les premiers concerts de Jason Newsted avec Metallica, lorsqu'ils ont joué au "Country Club" & "Jezebel's". Je pense que c'était le 7 et le 8 novembre. Nous avons joué au "Fenders Ballroom" à Long Beach avec environ dix autres groupes Punk. Nous avons aussi joué en première partie au Fenders pour les "Plasmatics" devant 1500 personnes ; c'était vraiment cool, c'est en fait la plus grande foule devant laquelle j'ai joué.

La raison pour laquelle "Phantasm" s'est séparé est que je n'arrêtais pas de les souler avec Metallica, et le groupe en est devenu malade. Beaucoup de gamins sont venus à nos shows parce que j'avais fais parti de Metallica. Lorsque nous sommes allés jouer à Phoenix, tous les gars de "Flotsam & Jetsam" sautaient devant la scène et après le concert tout le monde me demandait des autographes. Ensuite après ça, tout s'est arrêté et je n'ai jamais plus fais parti d'aucun groupe depuis.

Quel est le meilleur moment de ta période Metallica ?

Probablement la première fois que nous avons joué le morceau "Whiplash", je pense que c'était au "Billy Barty's", au Roller Rink à Fullerton. C'était le titre le plus ravageur. A chaque fois que nous le jouions, c'était à tomber sur le cul.

Et le plus mauvais ?

A la fin, quand j'ai découvert que j'avais été trahi. J'aurais probablement été plus respecté en tant qu'organisateur de tournée que je ne l'ait été en tant que bassiste. Mais bon, comme je l'ai déjà dit, c'est de l'histoire ancienne.

Interview: Shockwaves
Remerciements: Samwise

James Hetfield revient sur les débuts de Metallica

- James Hetfield, raconte-nous ta rencontre avec Lars Ulrich.

Il avait une odeur différente, il avait l'air plutôt différent, il parlait différemment. A ce moment là, il n'y avait rien chez lui qui m'impressionnait, pas même son jeu de batterie. Nous n'avons pas beaucoup parlé, pour autant que je me souvienne. Nous avons un peu répété ensemble, et basta. Il paraissait avoir envie de nous revoir mais nous lui avons dit: "Ok, on te rappelle". Il a demandé à ce qu'on l'aide à charger sa batterie dans la voiture et nous avons répondu que nous devions filer pour éviter les embouteillages et que nous allions lui envoyer l'argent pour la salle de répétition. En fait, il avait avancé l'argent pour louer la salle puisque son père, Torben Ulrich était un tennisman professionnel connu, et n'avait pas de problèmes de fric.

Ce n'est que longtemps après que j'ai à nouveau entendu parler de Lars: il m'a téléphoné. Entre temps, j'ai passé mon BAC et j'habitais avec le bassiste, Ron McGovney, avec qui je jouais. Hugh avait disparu de la scène depuis un moment déjà: au bout de deux mois, il en avait mare de la vie de musicien. Ses parents voulaient qu'il devienne avocat ou un truc dans le genre. Je me souviens que nous venions de terminer d'aménager notre local de répétitions. Nous avons cloué des restes de tapis et des cartons sur les murs du garage de Ron. Nous y avons mis tout ce qu'on avait pu trouver. Je suis donc resté avec Ron, le batteur Jon Mulligan et un autre guitariste.

Et puis Lars a appelé: "Hey, tu te souviens de moi ?". J'ai répondu quelque chose comme: "Nous t'avons déjà payé, non ?". Lars m'a raconté qu'il avait un ami du nom de Brian Slagel qui était sur le point de réaliser une compile de Metal et qu'il avait réservé une place. J'ai alors hurlé au téléphone: "J'arrive tout de suite !" car à ce moment là les choses ne se passaient pas super bien pour moi. Je jouais de la guitare ou je chantais selon les besoins. La plupart des groupes cherchaient des chanteurs, alors je m'étais mis au chant. Lorsqu'ils avaient besoin d'un bassiste, je jouais même de la basse. Je saisissais toutes les occasions pour avancer. Le coup de fil de Lars a été l'occasion à ne pas rater, nous ne sommes donc à nouveau rencontrés; Lars avait fait d'énorme progrès en batterie et il avait un kit flambant neuf: une vraie Comco ! Je lui ai demandé: "Tu l'as eu gratos dans un paquet de lessive ?". En tout cas, elle avait un bon look, même si le son n'était pas super.

Nous avons tapé le boeuf sur plusieurs morceaux que j'avais écrit avec mon groupe: Leather Charm à savoir "Hit The Lights" et "No Remorse". Il m'a appris quelques riffs qu'il avait piqués en répétant avec d'autres mecs et m'a fait découvrir la musique qu'il adorait: la New Wave Of British Heavy Metal. Des groupes comme Diamond Head et Savage et du Metal traditionnel, genre Judas Priest et Scorpions. Je suis allé avec lui chez un disquaire et m'a conseillé d'acheter un album de Venom. Ron m'a interdit de mettre ce disque chez nous: "Ce sont des satanistes Je ne veux pas de ce truc dans mon appart !". Je lui ai répondu d'aller se faire foutre: "Ce truc, c'est du putain de Heavy !". Je me suis acheté aussi des albums d'Angel Witch et d'autres groupes, Lars, lui, collectionnait plutôt les singles et achetait pas mal à Brian Slagel.

Brian avait un stand au marché aux puces et il éditait un magazine de Hard Rock: "Heavy Metal Review". Il m'arrivait d'aller régulièrement lui rendre visite pour lui chourer quelques singles. Récemment, je l'ai rencontré sur le Lollapallooza et je lui ai dit: "Hey, t'as encore un crédit chez moi pour le single de Tigers of Pan Tang que je t'avais piqué !". Nous ne sommes fait prêter un magnéto Tascam quatre pistes et nous avons enregistrés "Hit The Lights". Je jouais de la guitare rythmique et de la basse car Ron n'était pas vraiment dans le coup, à l'époque, je chantais, tandis que Lars était à la batterie.

Nous formions vraiment un duo. Je me souviens encore du jour où nous sommes allés chez Brian Slagel pour qu'il "masterise" la cassette. Nous ne savions même pas ce que ce mot magique voulait dire, mais ça faisait parti du truc. Nous avons enregistré sur une cassette, un solo de guitare d'une personne dont j'ai oublié le nom, en allant chez Brian Slagel, nous nous sommes arrêtés chez un guitariste noir, Llyod Grant, pour lui faire aussi enregistrer un solo, afin de pouvoir ensuite utiliser le meilleur des deux. L'ampli de Llyod avait un look vraiment bizarre: il avait branché toute une série de pédales à effets, des câbles entremêlés partout, ça sonnait vraiment bien. Nous avons branché notre magnéto et il a joué le solo mieux que l'autre. Nous avons donc effacé le premier solo et nous sommes partis chez Brian avec la cassette.

Je voyais pour la première fois un tas d'appareils dont je ne savais absolument pas à quoi ils pouvaient servir et une table de mixage avec des centaines de boutons. Wouah, ma première rencontre avec un studio. Brian nous a demandé où était notre bande 16 pistes. Je revois encore sa tête quand nous lui avons remis la cassette. Il a fait: "Oh, Non !" Voilà pourquoi "Hit The Lights" n'avait pas un super son, mais tout ça a contribué à l'atmosphère particulière de ce morceau. Sur le deuxième pressage de "Metal Massacre", la compilation en question, on pouvait trouver une autre version de "Hit The Lights". Nous avons réenregistré le morceau et avons fait en sorte que notre nom soit correctement orthographié sur la pochette et non pas "Mettallica" comme sur la première série. Sur la deuxième version, Ron était à la basse et je crois, Dave Mustaine à la guitare lead. Faisait-il déjà parti du groupe ? Je ne me souviens plus de toute cette merde...

Si, en fait, il est arrivé dans le groupe en janvier 1982. Peu après cette sortie, j'ai reçu votre première démo.

C'est vrai, nous avons commencé par enregistrer quelques démos. Un type qui s'appelait Kenny Kane a ramassé du fric pour nous, si bien que nous avons pu nous mettre au travail aux East Coast Studios. Entre-temps, nous avons enregistré quelques titres: "Hit The Ligths", "Motorbreath", "The Mechanix" et "Jump In The Fire" qui se finit comme si on débranchait la prise d'une platine disque en marche. Tout ça parce que la bande était pleine et que nous ne voulions pas payer pour une bande neuve.

À l'époque, nous faisions beaucoup de reprises live. Nous avions dans notre répertoire des trucs comme "Killing Time", "Let It Loose" et quelques morceaux de Diamond Head. Kenny trouvait ça super. Lorsque nous sommes arrivés en studio avec lui et que nous avons commencé à enregistrer nos propres morceaux, il nous a dit: "Ca n'a rien à voir !" _ "Ouais Kenny, les autres morceaux ne sont pas de nous...". Il nous a traités d'enfoirés, mais nous avons réussi à le calmer et avons eu même le droit d'enregistrer une deuxième démo.

- Cette deuxième démo est devenue la célèbre cassette "No Life' Tif Leather" sur laquelle se trouvaient, quelques morceaux dont tu parlais: "Seek and Destroy", "Metal Millitia" et "Phantom Lord", le premier pas vers le succès.

Nous vendions des tas de démos chaque jour et savions que nous étions sur le bon chemin. Nous avons aussi commencé à enregistrer des morceaux plus longs: "No Remorse" et "The Four Horsemen". Kenny nous a alors demandé où étaient passés nos morceaux courts, plutôt punk, il travaillait avec beaucoup de groupes punk. Nous lui avons expliqué que nous étions en train d'évoluer musicalement. En fait, nous lui avons récemment racheté les bandes de ces enregistrements. Il a l'air tout aussi négligé aujourd'hui qu'à cette époque-là ; un hippie pour qui le temps s'est arrêté. Au même moment, je me suis disputé avec Ron, ce qui n'était pas génial puisque j'habitais chez lui...

Nous partions de temps en temps faire des concerts à San Francisco et Ron est le type qui avait un peu de fric. Il s'organisait pour que nous puissions y aller avec sa camionnette. C'est aussi à cette époque là que nous avons vu Cliff Burton avec son groupe, Trauma. Brian Slagel faisait venir des groupes de San Francisco à Los Angeles et des groupes de Los Angeles à San Francisco. Nous avons été très impressionnés par cet espèce de bassiste hippie qui headbangait et nous avons décidé que nous voulions absolument un mec comme ça dans le groupe. Ron était beaucoup trop strict et ne pouvait pas s'entendre avec Dave Mustaine. Il n'avait plus l'ambition d'améliorer son jeu à la basse. Nous devions toujours lui apprendre de nouveaux trucs.

Nous avons donc essayé d'entrer en contact avec Cliff Burton, tandis que Ron devenait totalement parano et se demandait ce que nous pouvions bien comploter derrière son dos. Nous l'avons gardé encore un peu dans le groupe parce que c'était lui qui avait la camionnette et le fric. Comment le "clash" est arrivé ? Je crois que Cliff a appelé un jour chez nous et c'est Ron qui a répondu au téléphone... Je crois qu'il savait déjà ce qui se préparait et j'ai dû quitter son appart. Je suis alors allé habiter chez Dave Mustaine.

Sur l'échelle de la qualité du logement, c'était un niveau plus bas, non ?

C'était un cauchemar, là-bas, à Huntington Beach. Heureusement, je ne suis pas resté très longtemps car nous voulions quitter la scène Glam de Los Angeles pour nous installer dans la Bay Area où le climat musical nous plaisait beaucoup. Nous nous étions déjà fait des amis là-bas. Mark Whittaker était le manager d'Exodus et Jeff Weller, qui était chargé des effets pyrotechniques sur nos spectacles, était le manager de Laaz Rockit. Nous avons emménagé à la maison de Mark à El Cerito. Mais il n'y avait pas assez de pièces, alors Lars et moi partagions une chambre. Dave Mustaine était logé assez loin de là, dans la cave de la grand-mère de Mark, à Wallnut Creek. C'était une super période. Bien sûr, nous avions parfois quelques petites disputes avec Mark, mais c'est normal quand trois types viennent dans un petit espace: "Sors la poubelle connard !"_ "Tu ne paies pas un centime de loyer alors rends-toi au moins utile !". Nous mangions tous les jours des hamburgers au coin de la rue. C'était vraiment une époque chouette grâce à l'aide de Mark.

Entre-temps, Cliff nous avait rejoints et nous voulions enregistrer une nouvelle démo. Mark a suivi une formation d'ingénieur du son quelque part dans la cave d'un pote et, à la fin du semestre, il devait enregistrer une bande. Il nous a invités et nous avons donc enregistré gratuitement une démo avec "Whiplash" et "No Remose". Elle avait un super son, c'était ce que nous avions enregistré de mieux jusque-là. Ensuite, nous sommes entrés en contact avec Jon Zalula. Il avait un magasin de Hard Rock dans le New Jerzey, le "Rock And Roll Heaven", et il organisait pas mal de bons concerts sur la côte Est avec des groupes comme Anvil, Raven, The Rods et Venom. Il a proposé de nous arranger un concert là-bas et d'être en contrepartie notre booking-argent: "Ok, envoie-nous un peu d'argent pour louer un bus !" Il nous a envoyé le fric et nous sommes partis vers l'Est.

Le début de la fin pour Dave Mustaine ?

Exactement. Nous avons su dès notre première rencontre qu'il avait quelque chose de particulier qui rendait les gens dépendants de lui.

A cause des bons riffs qu'il écrivait ?

Pas uniquement cela, il avait vraiment quelque chose d'unique, une certaine personnalité qui ressortait toujours quelque soit le comportement qu'il adoptait. Il y avait des choses qu'il était incapable d'assurer lorsque nous étions en tournées. Il est devenu ingérable et a gâché pas mal de choses pour le groupe. Par exemple, en allant vers l'Est, nous nous étions alors arrêtés pour dormir chez des personnes que nous connaissions. Tout à coup, Dave s'est disputé avec notre hôte et s'est mis à balancer des objets à travers toute la maison. "Hey Dave, nous ne sommes pas encore en tournée, mais seulement en route pour notre première tournée !" lui ai-je dit. Là-dessus, nous avons commencé à chercher discrètement un autre guitariste...

Pendant que Dave conduisait le bus en direction de la côte Est, nous avons mis la démo d'Exodus dans le magnéto pour écouter le jeu de Kirk Hammett. Dave n'avait aucune idée de ce que nous pouvions avoir en tête. La première chose que nous avons dite à Jon Zalula en arrivant à destination, c'était que nous voulions renvoyer notre guitariste soliste. Sa réaction a été: "Quoi ! Mais vous ne pouvez pas me faire ça !". Entre-temps, il avait pas mal de copies de notre démo pour les vendre dans son magasin. Nous n'en n'avons jamais vu le moindre centime. Je crois qu'il essayait de trouver de l'argent pour que nous puissions partir ensuite en tournée. Nous avons habité chez lui plus longtemps qu'il ne l'aurait souhaité, je crois. Sa famille a commencé à se révolter. Nous arrivions toujours en pleine nuit, complètement bourrés, tout en nous cognant sur le mobilier, en réveillant tout le monde, alors qu'ils devaient se lever tôt pour aller travailler. Je crois que ce qui a fait déborder le vase c'est quand nous avons vidé toutes les bouteilles de la maison. Jon avait une bouteille de champagne qu'on lui avait offerte pour son mariage et qu'il gardait pour une grande occasion ; son dixième anniversaire de mariage, un truc comme ça, mais nous l'avons ouverte et bu. C'était la fin: "Espèces d'enculés !" a hurlé Jon.

Nous nous sommes tirés, heureusement que nous avons été recueillis par un vieil ami, un certain Metal Joe à Old Bridge dans le New Jersey. Ca nous plaisait là-bas, nous avions un endroit où nous pouvions aller entre nos concerts avec The Rods, Vandenberg et Venom. Nous avons fait pas mal de fêtes dans cette maison. Au bout de quelques semaines, nous avons déménagé à Jamaica, dans le Queens, dans une usine vide où des groupes, dont Anthrax, venaient répéter. Nous vivions entre des murs de béton avec un seul confort ; l'eau courante froide. Nous récupérions des matériaux d'emballage et nous avons même enlevé la mousse isolante des enceintes pour nous tenir au chaud. Je me souviens que les types d'Anthrax nous ont donné un grille-pain. Nous utilisions ce truc pour tout ! Nous mettions des boites d'haricots jusqu'à ce qu'elles explosent. C'était notre dîner. C'était la survie permanente. Nous draguions même des filles pour aller chez elles et prendre une douche. En y repensant, c'était vraiment une chouette époque.

Interview: Hard Rock Magazine
Remerciements:
Kevz

Cliff Burton raconté par ses parents

La première fois que j'ai rencontré Jan Burton, c'était dans un magasin de disque de San Francisco. Je suis sorti dehors car j'ai vu une femme porter un sweat-shirt de Metallica. Je me suis approché d'elle et lui est demandé si elle était intéressée par des photos de Metallica. Elle répondit: "Ouais, parce que l'un d'entre eux est parfois mon fils". J'avais l'air d'un imbécile. Quelque temps plus tard, je suis allé les voir pour les connaître, et, Jan (mère) et Ray (père) Burton sont les deux personnes les plus affectueuses et vraies que j'ai rencontré. Ils sont de grands fans de Metallica et reçoivent régulièrement des nouvelles de James, Lars et Kirk. Cette interview a été faite dans leur appartement de Castro Valley en Californie, avant un repas fait par Jan Burton. J'aimerai remercier Jan et Ray pour l'interview et leur hospitalité. 

- Comment Cliff était-il enfant ?

Ray: Il avait 22 mois d'avance quand il a commencé à marcher et nous étions donc fort intéressés par ça, mais le médecin a dit: "Il n'y a rien d'anormal. Il est juste assez futé pour se rendre compte que maman et papa le porteront" [rires]. Quand on regarde en arrière, c'était humoristique. Il éreintait Jan.


Jan: C'était un grand gosse, il n'était jamais un problème ; il était vraiment silencieux. Il a juste mené une vie normale sauf pour une chose: il était toujours lui-même, même quand il était encore qu'un petit gosse. Je lui disais: "Tous les gosses jouent dehors, pourquoi ne vas-tu pas jouer avec eux ?". Et il répondait: "Ils ne jouent pas, ils sont juste assis pour parler. C'est chiant". Alors, il allait dans sa chambre pour lire ou faire dsentie la musique. Même quand il était tout petit, il écoutait sa musique et lisait ses livres. C'était un très grand lecteur et il était intelligent ; en troisième année, ils l'ont testé et il a obtenu la 11ème place pour la compréhension. Il a appris différemment la batterie. Il ne s'est jamais mélangé à la foule s'il ne le voulait pas. Il était toujours populaire et avait beaucoup d'amis. C'était un gosse très aimable et doux mais toujours seul.

Que pensez-vous de son attachement à la musique ?

Jan: Il n'a jamais pris de leçons jusqu'à l'âge de 13 ans, après la mort de son frère. Il a dit à un nombre de personnes: "Je serai le meilleur bassiste pour mon frère". Nous n'avons pas du tout pensé qu'il était trop talentueux [rires] ; Nous n'en avions aucune idée ! Nous avons juste pensé qu'il grattait, grattait, ce n'était vraiment pas facile pour lui au début. Puis, environ six mois après le début des leçons, ils ont commencé à venir ensemble. J'ai pensé: "Ce gosse a vraiment un potentiel" et j'ai été vraiment stupéfiée parce que, personne dans la famille n'était musicien ! Il a pris des leçons dans la rue pendant environ un an, et alors il est devenu trop fort pour son professeur et il est allé autre part pendant quelques années où il est aussi devenu trop fort pour son professeur. Alors, il est allé à l'école prendre des leçons avec un très bon bassiste de jazz. C'est lui qui lui a fait jouer du Bach, du Beethoven et de la musique baroque et lui a appris comment lire la musique. Ils ont travaillé longtemps ensemble et Cliff est devenu plus fort que lui. Il est devenu si bon qu'il n'avait plus besoin de personne. Il a beaucoup étudié et joué Bach. Il aimait Bach.

- Il pratiquait beaucoup ?

Jan: Entre quatre et six heures par jour, tous les jours, même après avoir rejoint Metallica. C'était un gars modeste. Il a toujours dit: "Non, il y a quelqu'un dans leur garage qui n'a pas encore découvert qu'il était le meilleur". Même au cours de sa dernière année avec Metallica, quand ils l'ont fait, ça n’a pas fait de différence pour lui. Il pratiquait toujours autant chaque morceau ; il travaillait la nuit et dormait le jour. Mais, quand il se levait, la première chose qu'il faisait c'était de prendre sa basse et d'y jouer. Le seul truc de Cliff qui était peu commun, c'était la considération pour nous, car il avait l'habitude de rester debout la nuit. Il n'a pas voulu changer son style de vie ; c'était trop dur pour son corps. Daniel (Donato) et Jim (Martin de Faith No More) venaient et ils jouaient à Dungeons and Dragons ou ils regardaient des vidéos ou ils mangeaient des gros repas comme les omelettes – il aimait cuisiner – et il nous réveillait très rarement. Il était très prévenant et affectueux.

Il était très honnête aussi ?

Jan: Il était si honnête que des fois, vous auriez pensez: "Oh, Cliff, je regrette que tu sois si honnête !". Aucun petit mensonge pour lui et il était si honnête que des fois, cela en devenait embarrassant [rires] Nous en avons parlé une fois et il a dit: "Je ne peux mentir à personne". Il était juste envers vous.

En ce qui concerne le moment où il a rejoint Metallica et quand ça a commencé à décoller, il semble que vous étiez toujours à 100% derrière lui ?

Ray: Oh, ouais, nous avons toujours senti que c'était la vie de Cliff et nous avons respecté ce qu'il avait choisi de faire. Et bien que la musique qu'il jouait ne fût pas vraiment celle que j'aurai aimée, il a voulu en jouer. Donc, je lui ai souhaité bonne chance. Je ne pouvais pas lui interdire.

Jan: Je n'ai pas vu ça comme ça. Je ne me suis pas soucié de quel genre de musique il jouait tant que cela lui plaisait. Le fait est que j'aimais le Heavy Metal, plutôt que de la pop ou la country. C'était différent de nos vies, ainsi j'ai pensé c'était passionnant ; je pense toujours que les concerts de Metallica sont excitants. Nous aimerions les remercier, ils ont été merveilleux avec nous. Ils ont été attentifs et aimants et, vous savez, cela doit être connu.

Ray: Quand il avait 21-22 ans, il a dit: "Je serai un musicien professionnel, ma vie sera comme celle d'un musicien". Et c'est ce qu'il a fait.

Jan: Nous avons dit: "Ok !" parce que Cliff n'a jamais perdu espoir. Je ne l'ai jamais vu perdre espoir. Donc, je savais que lorsqu'il a dit ça, il y serait à 110%. Puisque nous l'avons beaucoup aimé et respecté, nous avons vraiment essayé d'être à 110% avec lui parce que nous avons senti qu'il le méritait. Il avait déjà joué avec d'autres groupes locaux. Nous avons dit: "Ok !", nous vous donnons quatre ans. Nous payerons votre loyer et votre alimentation. Mais, si après, nous ne voyons pas de progrès, il est évident que vous n'en gagnerez pas votre vie avec, nous vous trouverons un travail. C'est tout ce que nous pouvons faire. On doit savoir d'ici là si vous allez le faire, donc, il a dit: "Excellent !". Et il l'a fait ! Deux ans plus tard. Bien sûr, "Kill'Em All" était le premier… Vous savez, on a jamais vraiment écouté de Heavy Metal ; c'était nouveau pour nous. Quand "Ride The Lightning" est sorti, j'ai dit: "Oh !". Il a pensé que c'était le meilleur album du monde. J'ai été vraiment effrayé et j'ai dit: "Cliff, comment pouvez-vous faire meilleur que ça ? C'est impossible de faire mieux que ça". Et ensuite ils ont sorti l'album "Master Of Puppets". Vous savez, ils sont doués et ils sont toujours un groupe talentueux.

Quelque chose a t-il changé après que Metallica devienne populaire ?

Jan: Non, rien, pas une seule chose.

Ray: Il n'a jamais agi comme une star. En fait, il détestait les personnes qui avaient cette attitude.

Jan: Il ne s’est jamais considéré comme une star. Il a dit: "Je suis juste un bon musicien, mais pas une star". Il était une star mais il ne l'a jamais reconnu.

Vous devez être très fier de tous ses exploits ?

Jan: Ah bien sûr ! Il n'y a aucun parent plus fier dans le monde ! Nul part ailleurs quelqu'un est plus fier de son fils. Ses exploits certainement. Mais le genre de personne qu'il était avec lui même n'a jamais changé, donc je pense qu'on devrait être encore plus fier. Il avait l'habitude de toujours dire: "Merci maman et papa, pour tout". Il n'a jamais pris la grosse tête.

Ray: Après avoir commencé à être connu, il a continué à sortir et jamer avec les mecs avec qui il était au lycée à la grange de Judd in Cull Canyon.

Jan: Pêcher avec Jim et Dave.

Que pensez-vous qu'il ait apporté au groupe ? Comment avez-vous vu son rôle dedans ?

Jan: Incontestablement. C'était l'unicité d'une personne jouant de la basse avec un tel talent… C'était une personne loyale, extrêmement loyale et ils n'ont pas voulu le laisser quitter Trauma. Mais Trauma a voulu qu'il gratte, gratte, gratte. Il a voulu joué de la basse solo et ils ont dit: "Aucune chance". Il était vraiment devenu frustré de ne pouvoir s'exprimer davantage musicalement. Metallica a continué à l'appeler chaque semaine. Ils l'appelaient de L.A. et il disait: "Non, non". Quand ils se sont finalement rencontrés, il a dit: "Je veux jouer de la basse solo. Je veux une tâche où je peux aller hors basse". Et ils ont dit: "Vous pouvez jouer tout ce que vous voulez, venez juste avec nous". Ils lui ont donné un solo de cinq minutes et ils le font toujours. Jason a ce privilège maintenant. Je ne connais pas beaucoup d'autres groupes, mais il n'y avait jamais de bassiste soliste sauf si celui-ci était le leader du groupe, qui est écrit et joué comme Cliff.

Ouais, il les a sortis de l'ombre !

Jan: Et plusieurs des milliers de lettres que j'ai reçues le disent.

N'y a t-il rien que vous voudriez dire personnellement à tous les gens qui vous ont écrit après que Cliff décède ?

Jan: J'aimerais bien sûr tous les remercier pour leurs lettres et, le monde du Heavy Metal et de Metallica, de nous garder dans leur cœur. Maintenant, un an plus tard, je reçois toujours des lettres ! C'est le vrai amour et de l'affection pure qui nous a vraiment aidé au cours de cette année. Je ne vais pas commencer à expliquer combien cela a signifié pour nous. Je leur ai écrit, ils m'ont réécrit et nous avons une petite correspondance. C'est un processus de guérison, cet amour est réciproque.

Ray, vous ne voulez rien ajouter ?

Ray: J'ai estimé que c'était un jeune homme extraordinaire, et le fait que ce soit mon fils m'a encore plus satisfait. Il s'est fixé des buts et à fait les choix en conséquence de ceux-ci. Il a estimé qu'avec Metallica, il pouvait réussir. Il a dit: "Chaque fois, nous nous jetions des trucs à la gueule, mais nous insistions toujours pour faire ce que nous voulions". "Je" : c'était toujours nous. Il a toujours pris en compte le point de vue des trois autres. J'ai senti que c'était un groupe très ouvert. Ils avaient sûrement quelques mauvais jours, particulièrement lors de la première tournée quand ils sont retrouvés dans l'Est.

Ouais, ça a dû être vraiment dur ?

Ray: Mais, ça ne les a pas arrêté même quand on leur a volé leur matériel. Il est resté et a persisté. Je ne peux qu'admirer et aimer Cliff, avec Kirk, James et Lars. Ils étaient une merveilleuse équipe. Il faisait quelque chose qu'il appréciait sûrement et a obtenu son accomplissement dans son travail. Cela fait mal que son travail dans le groupe soit terminé.

Interview: Trash Metal par Harald O.
Remerciements:
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